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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

07 Mar

L’empereur Hadrien et son cheval Borsythènes (1/2).

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #NATURE-CULTURE, #ETHIQUE

Statue équestre de l'empereur Marc-Aurèle, Place du Capitole, Rome (Italie)

Statue équestre de l'empereur Marc-Aurèle, Place du Capitole, Rome (Italie)

Dans son magnifique roman historique et philosophique Mémoires d’Hadrien[1], l’auteure Marguerite Yourcenar accomplit ce tour de force de reconstituer de l’intérieur, ce que les archéologues sont parvenus à reconstituer de l’extérieur : la vie et le règne de l’empereur Hadrien. Par la magie du verbe, elle parvient à lui prêter une voix.

Rappelons que l’empereur romain représentait l’équivalent de ce qu’est aujourd’hui le président des Etats-Unis, et peut-être plus encore. Son pouvoir était immense: environ un quart de la population mondiale vivait et mourait sous le loi de Rome.

L’empereur Hadrien[2] est malade; parce qu’il sent sa fin approcher, il entreprend de faire le bilan de sa vie, sous la forme d’une lettre (plus personne n’en écrit aujourd’hui de si longues et de si denses !) à son neveu, le futur empereur et philosophe Marc-Aurèle. Il évoque les joies et des peines du passé, dont il se sait désormais privé à jamais. Parmi ses plaisirs favoris, il recense les jeux de l’amour, de la chasse…et de l’équitation.

Ecoutons-le.

« Le renoncement au cheval est un sacrifice plus pénible encore: un fauve n'est qu'un adversaire, mais un cheval est un ami. Si on m'avait laissé le choix de ma condition, j'eusse opté pour celle du Centaure.

Entre Borsythènes et moi, les rapports étaient d'une netteté mathématique; il m'obéissait comme à son cerveau, et non comme à son maître. Ai-je jamais obtenu qu'un homme en fît autant? Une autorité si totale comporte, comme toute autre, ses risques d'erreur pour l'homme qui l'exerce, mais le plaisir de tenter l'impossible en fait de saut d'obstacle était trop grand pour regretter une épaule démise ou une côte rompue.

Mon cheval remplaçait les mille notions approchées du titre, de la fonction, du nom, qui compliquent l'amitié humaine, par la seule connaissance de mon juste poids d'homme. Il était de moitié dans mes élans; il savait exactement, et mieux que moi-même peut-être, le point où ma volonté divorçait d'avec ma force. ». (Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Gallimard, pp.12-13).

Je laisse aux cavaliers et cavalières de notre temps le soin et le plaisir de comparer leurs émotions avec celles que décrit l’empereur Hadrien.

[1] Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien (1951 pour la première édition chez Plon, 1974 pour les éditions Gallimard).

[2] L’empereur Hadrien (117-138), et son successeur Marc-Aurèle (121-180), ont vécu au début de l’ère chrétienne.

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