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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

24 Nov

Combat en faveur de l'avortement

Publié par Daniel Guillon-Legeay

Simone Veil à l'Assemblée nationale en 1974 (AFP)

Simone Veil à l'Assemblée nationale en 1974 (AFP)

 

" Le 26 novembre 1974, Simone Veil tenait à la tribune de l'Assemblée nationale un discours historique pour défendre sa loi légalisant l'avortement. Elle va faire face à des adversaires déchaînés, des réactions d'une rare violence" nous rappelle le journal l'Humanité.

Rappel extrêmement salutaire de ce combat qui a tant compté pour la libération des femmes et, plus largement, pour l'ensemble de la société. Comme à chaque fois qu'un tabou religieux est renversé... Depuis, grâce à l'action conjointe de la science (l'invention de la pilule contraceptive) et de la loi (sur l'IVG), la maternité a cessé d'être une fatalité et une malédiction.

J'aime assez cette humanité prenant sa liberté en main... Pour rendre hommage à la pensée de son maître Epicure, le disciple Lucrèce a ces mots magnifiques : "Ainsi la religion est à son tour renversée et foulée aux pieds, et nous, la victoire nous élève jusqu’au ciel. " (De natura rerum, I).

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Daniel Guillon-Legeay 07/12/2014 19:35

Cher Alighieridante,

Il va de soi que l'apologie du droit à l'avortement est une position philosophique et politique. Et comme telle discutable. Cette position admet en effet comme double présupposé premièrement le droit de la femme à disposer de son corps (dès lors que la médecine et la loi l'y autorisent) et, secondement, que l'embryon humain -humain par son origine- ne constitue pas encore une personne humaine (douée d'autonomie, ni de conscience). Autant dire que ces présupposés sont discutables et je vous remercie d'ailleurs pour votre intervention qui se propose d'alimenter le débat.

Quand commence la personne humaine? Au stade de l'embryon? du foetus? de la naissance? Voilà un premier axe de discussion.

La femme a-t-elle le droit de faire primer sa liberté au détriment de l'enfant en devenir dans son utérus? Voilà un second axe de discussion.

Est-il souhaitable de légaliser et de généraliser comme une pratique banale un acte violent (l'avortement) dont la nécessité ne s'avère manifeste que dans des cas extrêmes, ainsi que le rappelle justement la ministre qui défend cette loi? "« L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues. (…) Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame." Voici encore un autre axe de discussion.

La question de l'avortement est, à n'en pas douter, et je vous l'accorde bien volontiers, d'une très grande complexité.

Néanmoins, cette position philosophique et politique en faveur de l'avortement a cela de précis qu'elle est une position de combat, dans un contexte où les femmes confrontées à cette situation risquaient leur honneur, leur santé, leur carrière et leur vie aussi, dans une solitude et une forme de relégation sociale affreuses, et sans être soutenues par les hommes qui avaient contribué à engendrer cette situation.

La question n'est donc pas de penser à tous ces êtres futurs qui auraient pu advenir , "autant de vies perdues qui dans leur devenir et par la multitude de dons et de talents propres à chacun, auraient pu anoblir d'avantage toute l'humanité" comme vous dites. Sauf si à la place de la Nature vous mettez Dieu et considérez l'avortement comme un acte contre-nature qui offense Dieu et sa création.... Mais prendre un cachet d'aspirine en cas de migraine, porter des lunettes pour corriger sa vue ou se déplacer en automobile et enjamber un pont pour traverser une rivière ne constituent-ils pas eux aussi autant d'actes contre-nature? Si précisément, parce que le mouvement même de la culture est de nier, de de s'opposer à la nature !

En outre, j'ajouterai qu'entre les milliers de femmes bien vivantes, bien présentes au monde, mais qui meurent chaque jour (lors d'avortements mal conduits ou victimes de la violence infligée par les hommes) et les foetus qui auraient pu devenir des êtres humains exceptionnels , je considère que ce sont les premières qui doivent bénéficier de notre compréhension, de notre compassion et de la protection des lois: car le présent vaut plus que le conditionnel, le réel infiniment plus que le possible. Au regard de l'irréversibilité qui caractérise notre humaine condition, il y a toujours urgence à sauver ce qui ne reviendra pas deux fois. Chaque femme qui meurt à la suite d'une hémorragie ou d'une septicémie, ou sous les coups d'un homme méchant et violent possède des trésors qui ne reviendront plus. Comme vous le voyez, l'argument du futur contingent ne me convainc guère.

"Je tue en moi donc la volonté de vivre et je tue celle de l'homme en devenir dans le sein de sa mère, je le prive de sa propre volonté de vivre.". La moindre limace, le moindre papillon, le moindre myosotis, le moindre hérisson possèdent eux aussi ce vouloir vivre. Je vous accorde qu'un être humain semble posséder une dignité que ne possèdent sans doute ni le myosotis ni le hérisson. Mais en est-on si sûrs? Le foetus est-il seulement une personne humaine? Vous voyez? Nous revenons au point de départ?

Bien à vous

Daniel Guillon-Legeay

Alighieridante 14/12/2014 09:49

J'ai lu attentivement votre réponse, très courtoise d'ailleurs, et c'est par elle que je vais tenir un office plus loyal, loyal envers le plus faible, mais surtout loyal envers la vie. J'ai bien compris votre positionnement, qui jouit, à mon humble avis, du champ exercé par la pensée toute puissante de l'athéisme. C'est en effet une attraction qui aujourd'hui réduit considérablement la supériorité et la sacralité de l'existence sur toutes les autres considérations. Il n'y aura donc pas de défenseur du fœtus hormis le croyant, on pourra donc estimer que l'homme dans son éthique laïque est incapable d'élever sa vision au delà de sa propre mesure. Si donc Dieu, le même qui a dicté à Moïse les dix commandements et qui a instruit par le Christ la miséricorde absolu, lois d'ailleurs qu'aucune pensées humaines n'a su égaler par ses propres moyens, nous dit que l'avortement est un crime odieux, ne pourrait on pas penser par prudence et par sagesse que cet acte est effectivement odieux? Mais c'est normal, je vous dirai, la pensée contemporaine manque considérablement de rigueur, de précision, mais surtout de certitudes philosophiques et religieuses. Les principes fondamentaux sur lesquels se sont établis notre civilisation sont petit à petit saccagés et enterrés. Il n'y a donc plus de pensée majeur, que des pensées vagues, il n'est donc plus possible de saisir la vérité puisque toute nouvelle pensée devient vérité, tout naturellement on nous dira qu'il n'y a pas de vérité. Tout cela est fondamental puisque c'est le doute permanent qui va définir le monde actuel, les questions d'éthiques ne sont jamais qu'en devenir, au bon vouloir des instabilités humaines, de leurs colères et de leurs révoltes. Le socle fondamentale de la pensée judéo-chrétienne a été évacué pour produire une analyse issue de sa rébellion et de son orgueil, l'orgueil né de l'émancipation et de la liberté absolue. C'est rappeler l'apprenti sorcier ou le mythe de Frankenstein, cette supra volonté annihile l'auto discipline intellectuelle et l'être ne finit par être instruit que par ses rêves et son imagination. C'est une rechute dans la mythologie nous dit Etienne Gilson, notre monde moderne se cherche une vérité et son évolution aveugle le condamne à vivre sous l’envoûtement d'une nouvelle mythologie scientifique, laïque, sociale et politique. A la suite de cela, quelle sera alors la nature du bien si ce n'est celle instruite par la seule raison imparfaite de l'homme! A ce stade, si les hommes n'ont jamais été capables, nous dit Spinoza, d'acquérir par l'usage unique de la raison, un bien plus grand que celui enseigné par la révélation judéo-chrétienne, comment pouvez-vous prétendre raisonnablement affirmer que l'avortement est un bien? Je pourrais constater effectivement, dans votre réponse, un manque de perspicacité philosophique et une perte de quelques principes fondamentaux car dans cet ordre je pourrais vous dire, sans que cela ne vous chagrine, qu'il aurait mieux fallu que votre mère vous avorte! Ceci est bien évidemment une supposition intellectuelle, une simple querelle de la pensée, afin, vous l'auriez bien compris, de vous pousser dans une réflexion plus approfondie du sujet!

Alighieridante 07/12/2014 16:34

En lisant cette courte analyse sur le combat pour l'avortement, j'ai pu constater qu'elle n'apportait aucune nuance qui pourrait reconduire ou réévaluer l'acte d'interruption de la grossesse. C'est en ce sens, car cette expression porte en son seuil un homme ou une femme en devenir, cette considération pourrait au moins être soumise, de la part de son auteur, à une réflexion un peu plus structurée que l'apologie du droit de la femme. Laquelle, cette dernière bien entendu, n'a de mots que flatteur pour ce droit mais refuse d'observer comme on le fait avec une échographie, ce geste d'interruption. Car tout de même il faudrait remémorer les mots de Simone Veil sur cet acte: « L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues. (…) Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. C’est pourquoi si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et si possible en dissuader la femme. ». Il y a tout de même quelques subtilités dans ces phrases et elles échappent toujours aux apologistes de la loi et de la même manière, il faudra nous dire pourquoi ils ne les cite jamais et pourquoi aucun film, aucune image, aucune oeuvre d'art ne vient montrer ce geste à priori si louable?

C'est penser aux autres que de penser à leur tout début, avec finesse et précision, pour pouvoir dire je pense à toi. Ce n'est donc pas aisé de penser à l'autre et en général quand on pense à l'autre ce n'est pas autre chose que de le penser au travers d'une photo, d'une sensation ou d'un souvenir, il est alors incertain de le comprendre et de le penser correctement. La relation à l'autre est une pensée qui se construit, on comprend vite ensuite que penser quelqu'un c'est le penser entièrement, c'est le penser en essence et non plus uniquement par ses singularités expressives dues à sa personnalité. Il est surtout nécessaire de reconnaître l'oeuvre incroyable de la vie et de rechercher dans cet espace ce qui l'anime, cette impulsion externe nous dit Spinoza. L'ignorer revient à croire comme l'arbre flatté par le vent, que l'on jouit d'un certain air de liberté, cependant nous dit Saint Augustin, c'est céder au vent sa propre liberté. C'est là que la fracture s'opère, l'arbre finit pas croire qu'il peut décider de la direction du vent et de son intensité, pour cela il décide de ne plus porter feuillage afin que le vent n'opère plus sur lui. Puis l'homme s'estime suffisamment renseigné sur l'origine de la vie qu'il décide tout naturellement d'évincer du fœtus toute essence, toute existence. Ainsi dans cette perspective relationnelle, la vie, en son sacre, dans le ventre maternelle, génère l'idée absurde d'élevage industriel, dont la viande humaine ne serait bonne qu'à partir du moment où elle est plus grasse, plus saignante, prête à être démoulée! Alors que dire, avec tant de tripatouillages vaginaux et de pilules synthétiques, la viande humaine devient une terre stérile, infertile et on a de plus en plus l'impression qu'elle est de qualité inférieure! Cette analyse porte une attention particulière à la construction d'un statut et non pas d'un étiquetage qui tend au temps de la surconsommation, à valoriser toutes choses suivant la mesure humaine. L'imperfection de celle-ci ne pouvant par elle même atteindre la perfection décide qu'il n'y a aucune perfection possible et donc se définit elle même comme le seul modèle de valeur et de moralité. Une amertume de plus qui verra donc 231 468 300 personnes tuées par l'homme au XXème siècle autant de vies perdues qui dans leur devenir et par la multitude de dons et de talents propres à chacun, auraient pu anoblir d'avantage toute l'humanité. Mais cette seule calamité qui révolte la conscience humaine parce qu'elle prend par sa seule compétence la vie de centaines de millions d'individus, n'a en effet pas à rougir du milliard d'avortés depuis la légalisation de l'IVG. Car on aura beau dire mais parmi ce nombre incroyable une foule de génies auraient pu voir le jour. De grandes œuvres nous ont ainsi échappé, de grands progrès médicaux sont restés dans l'ombre et certainement une quantité incalculable de relations amicales et amoureuses n'ont pas vue le jour. La liberté a ainsi pu engendrer une autre certitude, un autre dogme, qui distinct de celui du christianisme a offert à l'homme une autre religion, l'humanisme. C'est une autre affaire, sans doute, que de se demander pourquoi on en est arrivé là, mais le plus indéfinissable dans cette histoire c'est l'acharnement quasi sectaire de ceux qui en défendent le droit. Il se pourrait en effet que l'on est affaire à des prédateurs dont la répugnance de Dieu et de son clergé poussent à dévorer l'homme afin d'en effacer intégralement l'idée, l'idée de Dieu bien entendu. Ces mangeurs d'hommes, qui semblent indissociables des cannibales, suscitent dans la pensée collective une terreur sociologique qui sans vergogne culpabilise tout détracteur. Car si la chose en un être la plus élémentaire, suivant ce qu'en dit Schopenhauer, la plus fondamentale aussi est la volonté de vivre, c'est qu'il veut se manifester pleinement dans le monde, dans son ordre phénoménologique et donc dans sa mémoire et dans sa conscience. Pour ainsi dire si la mort vient déposséder l'espèce de l'éternité, elle se doit de procréer pour survivre et que le rôle de la femme est de s'occuper de son prolongement. Lui enlever cette prérogative signifie que l'homme n'est donc plus sûr de sa volonté de vivre. C'est une sorte de suicide collectif qui ne sert qu'à confirmer la supériorité de la liberté sur le prolongement de l'espèce et cet acte qui n'a pas de sens autre que celui de ne plus pouvoir donner de sens à l'existence, sous entend que la volonté de vivre n'a pas été satisfaite. Je tue en moi donc la volonté de vivre et je tue celle de l'homme en devenir dans le sein de sa mère, je le prive de sa propre volonté de vivre. Cet autre homme que "moi" n'est donc pas un homme pour les avorteurs, il n'a pas de conscience et ne peut donc être considéré comme tel mais plutôt l'équivalent d'un objet ou tout au plus d'un animal. Cette impossibilité de reconnaître le fœtus comme un autre homme c'est déclaré tout simplement que l'homme est ignorant des causes qui le détermine, de la même manière que le fœtus n'est pas conscient qu'il est le fruit d'un père et d'une mère.

En fin de compte, c'est par son corps que l'homme est dans la vie et dans le monde, le lui ôter revient à le renvoyer dans la mort mais par sa seule absence il est dans la pensée de l'autre, du vivant, ainsi cette possibilité clôturée offre à la conscience d'être en soi visible et présente puis consciente d'être en vie et l'autre dans la mort. Chose curieuse alors que d'ignorer la vie dans le fœtus, mais au regard de l'histoire, les peuples athées vont tendre à disparaître car il ne faudra pas longtemps pour que les peuples monothéistes les submergent par le ventre de leurs femmes.

À propos

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