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Blog de Daniel Guillon-Legeay - Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

08 Oct

Contre, tout contre Facebook

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #La Boétie, #Liberté, #POLITIQUE, #Philosophie, #Vérité

Contre, tout contre Facebook

Après plus d'une décennie de scandales émaillant l'histoire de cette plateforme (collecte des données sans autorisation, collaboration active avec la NSA, l'un des services de renseignements américains, manipulation active de l'information, scandale de Cambridge Analytica...), je n'ai plus aucune confiance dans Facebook.

 

Pourquoi lui confier mes données personnelles quand je sais ce qu'il en fait ? C'est la raison pour laquelle j'ai décidé hier de remettre à zéro tous les compteurs de ce compte Facebook, en effaçant méthodiquement toutes les données produites accumulées durant des années (et aussitôt dupliquées et conservées sur les serveurs de Facebook). Au passage, je vous invite à faire vous aussi cet exercice très instructif...

 

Mais en accomplissant cette oeuvre de destruction créatrice, en vue de déjouer la puissance des algorithmes, je me suis rendu compte à quel point, il y avait de la cruauté dans cette affaire. Car je connais et j'échange sur cette plateforme avec des personnes pour lesquelles j'ai beaucoup d'estime et d'admiration, pour ce qu'elles sont et pour ce qu'elles font.

 

En revoyant défiler mois par mois, année par année la somme des données échangées, des émotions et des pensées partagées, des projets conçus puis accomplis, j'ai entrevu la puissance du piège que nous tend Facebook : pour exister au sein d'une communauté, il faut en payer le prix : " vos données par moi seront collectées, conservées et revendues, le tout au plus offrant".


Car la gratuité a un coût, en termes de ressources humaines, de  conception, de fabrication et de maintenance de logiciels et de serveurs, disséminés partout sur le globe, nécessaires  au stockage des données. La gratuité également a un prix : les données collectées, conservées deviennent une source de profits colossaux et de contrôle planétaire. En dépit du slogan rassurant de Facebook « C’est gratuit, et ça le restera toujours », la question saute aux yeux : comment une entreprise peut-elle compter parmi les plus riches et les plus puissantes de la planète alors qu'elle propose un service gratuit (et qui le restera toujours) ? La réponse est connue et peut se formuler ainsi : « Si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit ».


Or, cela me navre de savoir que des personnes que j'apprécie sont constamment abusées et flouées par un type comme Mark Zuckerberg qui se soucie du respect de la vie privée des gens comme de son premier tee-shirt. En dépit de ses excuses répétées devant les dégâts occasionnés, sa firme n'en continue pas moins de monnayer sans aucun scrupule les données qui lui sont confiées, de profiler ses utilisateurs, mue par le profit et le pouvoir (car la puissance technologique confère à son détenteur un pouvoir, en l'occurrence celui de contrôler l'opinion ; c'est la question posée par l'élection de Donald Trump...).

 

Chacun pense n'avoir rien à cacher et, par conséquent, n'avoir rien à craindre de l'exploitation mercantile des données qu'il produit et confie aux plateformes. C'est oublier combien la vie privée est un espace de liberté qu'on ne saurait brader impunément. La puissance de calcul des algorithmes de Facebook nous rend extrêmement prévisibles et, de ce fait, vulnérables. "Comment tant de millions de gens peuvent-ils se livrer au pouvoir d'un seul ? " se demandait Étienne de la Boétie lorsqu'il s'efforce de sonder le mystère de la servitude volontaire. L'irrépressible désir de reconnaissance et d'exister dans le regard des autres qui fait le succès des médias sociaux n'est-il pas également le facteur principal de notre servitude volontaire ? La réponse de la Boétie à cette question tient en une phrase : "Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres".

 

Je décide in fine de ne céder ni à la panique ni au découragement, de ne pas non plus me soumettre à la loi des algorithmes, lesquels sous prétexte de suggestions, enferment les gens dans une bulle virtuelle de l'entre-soi. Après tout, je moque bien des algorithmes de Facebook, à tel point que j'ai décidé de fermer définitivement mon compte, ainsi que la messagerie instantanée What's App qui appartient à ... Facebook ! De ce point de vue, je pense que la meilleure façon de mettre concrètement un terme à cette forme contemporaine de la servitude volontaire est celle que suggère Paul Vacca dans son article intitulé L'algorithme intérieur : " Pervertir les algorithmes par la diversité et l’imprévisibilité de nos choix et de nos requêtes, c’est le gage d’une ouverture sur un Internet plus large ". L’avenir de l’humanité se jouera en partie dans notre capacité à maîtriser ou non, à dompter ou pas, la puissance des algorithmes.

 

De toute façon, je ne cherche pas à avoir beaucoup d'"amis" (piège lexical de pur marketing pour désigner des abonnés). L'important pour moi est de pouvoir communiquer avec quelques personnes dignes d'estime et de confiance et, bien sûr, de partager la publication de mes textes avec des personnes susceptibles d'en apprécier le contenu et la portée. Car ce qui compte, en définitive, c'est la vie réelle, non ce qui se dit par écrans interposés sur le mode auto-déclaratif et souvent fantasmatique. Me retrouver autour d'une table pour partager un café avec une personne dont j'apprécie le caractère, l'intelligence, la gentillesse, la bienveillance ou  l'humour me paraît, de très loin, voilà une preuve d'amitié dont je ne me lasse jamais... 

 

Dans mon article consacré à l'amitié entre Montaigne et la Boétie, je faisais cette observation qui me semble toujours d'actualité : " La question de l'amitié se pose de nos jours sous un angle particulier du fait de l’émergence des réseaux sociaux. Désormais chacun peut se prévaloir d’avoir des centaines d’«amis». Des amis que l’on n’a jamais rencontrés et que l’on ne rencontrera sans doute jamais, qu’on ne prendra jamais dans ses bras et qui ne franchiront heureusement jamais le seuil de notre maison. Comment pourraient-ils entrer dans notre intimité ? Or, un ami, c’est quelque chose d’intime, de précieux et de rare. Comment pourrait-on dresser un compte ouvert de nos amis ? Cette logique de thésaurisation n’est-elle pas, justement, à l’opposé de celle qui unit les véritables amis ?".

 

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