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Blog de Daniel Guillon-Legeay - Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

12 Jan

Des hommes et des bêtes.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #NATURE-CULTURE, #ETHIQUE

Des hommes et des bêtes.
1. Les animaux nous ressemblent.

 

En réponse à l’article que j’ai déposé sur ce blog, je viens de recevoir un commentaire extrêmement intéressant de la part d’Aleth, une dame passionnée par les chevaux et l’équitation et qui, avec son mari, dirige un centre équestre en Normandie. Voici les propos d’Aleth: « Les animaux et nous sommes très proches, je le sens...Vivant parmi les chevaux depuis mon enfance, je sais combien ils nous ressemblent, avec leurs sentiments, leurs émotions, leur bonne volonté...à condition qu'on leur laisse une vie le plus naturelle possible : vivre dehors, avec de l'herbe et de l'espace, en groupe pour développer des relations sociales, et être bien nourris.».

Aleth et Franck sont des personnes extraordinaires, douées de cette aptitude singulière et si rare à créer du lien, avec leurs semblables autant qu’avec les bêtes. Ils possèdent l'un et l'autre ce « don de l’enfance » qui leur permet de s’étonner de tout, de partager leur passion avec compétence, confiance, gentillesse, simplicité et profondeur. Et toujours dans la joie. Pour autant, cette attitude n’est point naïveté.

 

2. Entre les hommes et le bêtes, la différence est-elle de nature ou seulement de degrés?

 

Pour tout dire, la philosophie classique (que j’ai étudiée puis enseignée durant de longues années) ne m’a guère préparé à entendre et à prendre au sérieux de pareils propos sur les animaux. Bien au contraire ! Car à quelques exceptions près, la tradition philosophique considère qu’il existe entre les hommes et les bêtes une différence profonde. La plupart des philosophes soutiennent en effet l'idée que cette différence ne serait pas seulement de degrés, mais de nature. En d’autres termes, si les hommes et les bêtes sont différents, c’est qu’ils n’ont pas été conçus dans la même pâte. Tandis que les hommes auraient hérité de facultés supérieures (une âme immortelle, le langage et la raison, la conscience morale, l’habileté technique, la sociabilité…), les bêtes n’auraient pour elles que la sensibilité (la capacité à ressentir le plaisir et la douleur) et l’instinct (un programme inné de comportement qui permet de s’adapter et à évoluer dans un environnement naturel). Les hommes et les bêtes auraient en commun d'être animés (ils se meuvent, éprouvent plaisir et douleur, se reproduisent..). Mais les bêtes ne disposeraient que d'un corps, tandis que les hommes possèderaient en outre un esprit (voire une âme immortelle, si l'on adopte l'option religieuse).

Je me vois ici contraint de simplifier à l’extrême les données d’un problème philosophique majeur qui peut s’énoncer ainsi: y a-t-il un propre de l’homme ? Pour le dire autrement, qu’est-ce qui caractérise l’être de l’homme, qui le rend tellement différent de tous les autres êtres vivants au point que l’on peut parler d’un genre humain? Ce problème agite et divise la communauté des philosophes et des savants depuis des siècles…

Or, si l'existence d'une différence entre les hommes et les bêtes me semble difficilement discutable, la nature de cette différence fait en revanche problème. Il ne viendrait à l’idée de personne de mettre sur le même plan un bébé humain, un poulain, un chiot ou un chaton. En revanche, la vraie difficulté est de savoir comment nous pensons cette différence et quel statut nous lui accordons.

 

3. Réflexions sur la différence.

 

Tout d'abord, il me semble qu'affirmer l'idée qu’il existe une différence entre les hommes et les bêtes (ici, les chevaux) n'implique pas nécessairement que les hommes soient supérieurs aux bêtes. Ces dernières font preuve de capacités tellement étonnantes ! Seul l'orgueil humain, fondé sur le sentiment inébranlable de notre supériorité et sur notre confiance aveugle dans la technique, a fini par nous aveugler au point de nous faire oublier notre parenté avec les bêtes. La science tend à développer des hypothèses visant à établir notre lointain cousinage avec les grands singes. L'expérience nous rappelle - assez cruellement parfois- combien, à l'instar des animaux, nos besoins fondamentaux nous enracinent dans notre originelle animalité. La différence ne doit pas nous égarer; pour réelle qu'elle soit, elle n'est pas pour autant synonyme de supériorité. Je note au passage que la question vaut également pour la différence à l’intérieur du genre humain, qu’il s’agisse des rapports entre les peuples ou des rapports entre les sexes : la différence doit-elle impliquer que les uns puissent se considérer supérieurs aux autres ?...

 

De ce point de vue, le témoignage d’Aleth me semble précieux, dans la mesure où il se fonde sur sa longue expérience des chevaux et sur ses compétences avérées de cavalière et, d’autre part, il se trouve confirmé par les découvertes récentes en éthologie animale. Les animaux peuvent-ils percevoir et sentir des réalités qui échappent à la conscience perceptive des humains? Voilà ce qu'il importe de connaître et de comprendre.

 

Second point: la différence n’exclut pas la ressemblance. Aleth exprime la chose avec beaucoup de force et de simplicité : « Les animaux et nous sommes très proches, je le sens... Je sais combien ils nous ressemblent, avec leurs sentiments, leurs émotions, leur bonne volonté... ». Pour ma part, j’en suis arrivé à un point de ma réflexion et de ma vie qui me conduit à accueillir très favorablement cette affirmation selon laquelle « les animaux nous ressemblent ». Admettre l’idée que les animaux nous ressemblent, qu’ils possèdent une psychologie (des émotions, des sentiments, une volonté) peut certes heurter l’orgueil de certains. Grand bien leur fasse! Les blessures de ce genre cicatrisent avec le temps, et seuls les imbéciles ne changent pas d’avis ! Moi, je trouve que cette richesse des animaux, loin de nous diminuer, elle nous enrichit. La différence et la ressemblance ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Je note au passage, là encore, que la question vaut également pour la différence à l’intérieur du genre humain, qu’il s’agisse des rapports entre les peuples ou des rapports entre les sexes : la différence constitue-t-elle un obstacle ou une richesse? D’un côté, si nous étions tous radicalement différents, la communication entre nous serait impossible. De l’autre côté, si nous étions tous radicalement semblables, la communication entre nous serait inutile. En vérité, il n’y a de communication concevable que sur fond de différence et d’altérité. C’est donc tout ensemble la différence et la ressemblance qui font la richesse et la force de nos échanges, avec leur lot de rencontres et de malentendus, de découvertes et de déceptions.

 

4. Une royauté imaginaire.

 

Pour conclure, je laisserai le dernier mot à Montaigne, qui n’a jamais caché son amour pour les bêtes : « Mais quand je rencontre, parmi les opinions les plus modérées, les discours qui essaient de montrer la proche ressemblance entre nous et les animaux, et avec quelle vraisemblance on les regarde comme pareilles à nous, certes, j’en rabats beaucoup de notre présomption, et me démets volontiers de cette royauté imaginaire qu’on nous donne sur les autres créatures. » (Montaigne, Essais, Livre II, chapitre 11 : De la cruauté).

Commenter cet article
L
Merci pour cet article et les commentaires qu'il a suscité.<br /> <br /> La question de l'égalité, de la supériorité ou de l'infériorité est une spécificité humaine<br /> ou plus précisément une spécificité de la partie rationnelle hyper développée chez l'homme.<br /> Hors du nombre, et de la mesure, il n'y a pas de supériorité ou d'infériorité autre que relative (temporaire et attachée à un contexte si précis qu'il n'est pas renouvelable)<br /> <br /> - Le danger des mathématiques c'est qu'elles gomment une des dimensions fondamentales de l'existence : le temps, en donnant l'illusion de la permanence et donc de la possibilité de la mesure -<br /> <br /> Il ne peut d'ailleurs y avoir supériorité (hors de celle que j'évoque plus haut) pour qui accepte les thèses de Darwin et la notion de sélection naturelle (théorie de "l'évolution" ( maladroite dénomination puisqu'il n'y a pas de haut et de bas, mais uniquement une adaptation conjoncturelle à des conditions de vie. Donc pas de réelle "évolution")<br /> <br /> L'homme s'est adapté à un environnement, toute proportion gardée - dans échelle de temps et d'espace - , un peu à la manière d'une maladie (nous serions au voisinage de la fin de son cycle, moment où l'épidémie à son maximum, ne trouve plus à se nourrir et s'éteint de ses excès )<br /> La plupart des autres animaux proches de nous (on dit aussi "supérieur") ont pris des voies moins radicales.<br /> Le cheval en est.<br /> <br /> La seule "différence" de nature que je vois autour de moi est celle qu'il y a entre<br /> - la matière qui ne fait que subir les lois physiques (vers l'homogénéisation) <br /> - et celle qui crée du désordre et de la différence ... que l'on peut aussi nommer "matière vivante".<br /> <br /> Cette différence que nient les réductionnistes absolus<br /> les mêmes qui pensent que la vie est apparue (ils disent a "émergée" - théorie de l'émergence) par un passage du compliqué au complexe (?!)<br /> A rapprocher de ceux qui pensent que <br /> en augmentant la vitesse de calcul et la capacité de stockage de l'ordinateur, on pourra créer de la conscience (théorie de la singularité)
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C
Excellent article qui ouvre sur de nombreuses questions, notamment la question de la communication.
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D
Bonjour Franck,<br /> <br /> J'ignore si le cheval est ou non philosophe. Oui, lorsqu'il regarde là où il pose ses sabots avant d'aller plus loin (selon un vieux proverbe indien). Non, parce qu'il est tout entier nature et qu'il n'a pas besoin de s'interroger sur la manière de bien vivre et de bien mourir; la nature lui enseigne sans besoin de se questionner. Mais reste l'intelligence du cheval,et sa sensibilité aussi: je ne doute pas qu'elle elles soient immenses (elles dépassent sans doute de loin ce que l'on peut rencontrer chez certains humains abrutis...). Toute la difficulté est de parvenir à concilier, dans nos rapports aux bêtes, les notions d'égalité et de différence, en fait d'égalité dans la différence-. <br /> <br /> Il serait trop long de développer ce dernier point. Néanmoins, me reviennent à l'esprit ces mots de Saint-Exupéry dans le Petit prince (que je cite de mémoire):<br /> Le renard dit au Petit Prince: &quot; Il faudra m'apprivoiser&quot;. <br /> - Qu'est-ce qu'apprivoiser? demande alors le Petit Prince? <br /> Le renard répondit : &quot;Apprivoiser, c'est créer des liens&quot;.<br /> <br /> Cordialement<br /> <br /> Daniel
F
Moi aussi sur la même longueur d'ondes ! &quot;Le cheval comme un égal&quot; Oui ! c'est géniale ! d'un certain point de vue (philosophique ?), je pense que c'est indispensable. Ce qui n’empêche pas que sur un autre plan (la performance équestre) ce soit aussi inégale, sans jamais perdre de vue notre égalité. Du côté cheval, sa vision sur nous, estce différent ? Je crois que le cheval est bien quand il me voit comme son égale. Le cheval serait philosophe ?
D
Chère Canelle,<br /> <br /> Tu as raison: il s'agit bien du problème de la communication envisagée dans son aspect premier et fondamental: la communication des consciences et des sensibilités. Je tiens à faire cette distinction pour écarter tout malentendu, puisque ce terme aujourd'hui est surtout utilisé dans un sens réducteur, celui d'échange d'informations par le biais de medias. Or, l'essentiel dans la communication n'est pas d'abord, à mon sens, les moyens dont on se sert, ni même le contenu du message, mais bien plutôt le fait de considérer ou non son interlocuteur comme un égal. Or, les faits montrent qu'il n'y a rien de moins évident que de considérer l'autre comme son semblable et comme son égal, que cet autre soit une femme, un homme de couleur, un &quot;indigène&quot; ou encore... un cheval. Moi, c'est cela que je trouve passionnant: les progrès qui ont été accomplis sur ces différentes questions, ces nouveaux espaces conquis à l'intérieur même de notre humanité. Et même s'il reste encore beaucoup de chemin à faire. <br /> <br /> Je vois que sur ce point décisif -comme sur tant d'autres- nous sommes toi et moi ... sur la même longueur d'ondes!...<br /> <br /> Amicalement

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