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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

20 Dec

Le monde de Kafka selon Adèle

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #Kafka, #Liberté, #Littérature, #France Culture

Franz Kafka (1883 -1924)

Franz Kafka (1883 -1924)

 

Préambule

 

En un merveilleux polyptyque, Les Nouveaux Chemins de la Connaissance nous ont donné à entendre, au cours de la semaine passée, une stimulante lecture de l’œuvre de Franz Kafka, à travers quatre de ses œuvres maîtresses : Le Château, le Journal, Le Procès, La Métamorphose. A dire vrai, il s'agit d'une véritable traversée du monde angoissant et sombre de Kafka, mais toujours en compagnie de la lumineuse Adèle ! Oui, c’est vrai, je l’avoue : Adèle me fait complètement craquer ! J’aime sa voix chaude, son timbre clair, son rire, son visage lumineux. Et, aussi, le talent avec lequel elle anime ses émissions; avec grâce et aisance, elle sait concilier la rigueur, requise dans les discussions philosophiques de haut vol avec des invités prestigieux, avec la simplicité, l'enthousiasme et la chaleur des causeries radiophoniques qui séduisent les auditeurs. Par la voie des ondes, son esprit vif et pétillant accueille les grandes voix du passé et du présent; tel un ange gardien, il plane au-dessus du pays de Voltaire. 

 

Pour cet article, je m’appuie essentiellement sur les tweets que j’ai rédigés en écoutant ces émissions fabuleuses. Mon propos est, d’abord, de vous inciter à les écouter (via les podcasts de France-Culture) ; ensuite, d’ouvrir des pistes à la réflexion ; enfin, le cas échéant, de vous donner envie de plonger dans l’œuvre de Kafka, puisqu'aussi bien nous sommes en présence de "la littérature absolue ", selon la belle formule d'Adèle. 

 

1. Le Château

 

Peut-on seulement transgresser la Loi du Château sans avoir à le regretter ? Avec Le Château, nous plongeons dans l’arbitraire de la Loi (mais au fait de quelle Loi s’agit-il ?), autrement dit dans l’improbable imbroglio des lois qui, dans un système autoritaire et bureaucratique, peuvent briser la vie d’un homme. Pensée de l’absurde: l’absurde de l’existence d'abord, du fait de son irréductible contingence; l’absurde des lois, ensuite, du fait de leur part d'arbitraire. De Kafka à Camus, la philosophie de l'absurde, loin de se confondre avec une forme quelconque de nihilisme, est au contraire une pensée de la résistance et du combat. 

 

2. Le Journal

 

Par où l'on on découvre que le Journal de Kafka n'est pas seulement ce qu'il prétend être - y compris dans l'esprit de son auteur - mais, bien au-delà, qu'il consitue une œuvre littéraire à part entière. A le lire, en effet, on y entrevoit la complexité du rapport que Kafka entretenait avec l’écriture. Quand le corps de l’écriture martyrise le corps de l’écrivain: corps martyrisé par la vie, corps sublimé dans l’écriture: « Ma vie est hésitation devant la naissance » écrit Kafka dans son Journal. Lorsque la souffrance devient l’inévitable compagne de l’homme et de l’œuvre, le seul salut possible consiste dans la transfiguration d'un mal en un bien. C'est  là une des vertus de la création littéraire.

 

3. Le Procès

 

« On avait sûrement calomnié Joseph K., car sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin ». Le jour de son anniversaire, K. est arrêté, sans savoir de quoi il est coupable (ni même s'il est coupable), puis il est "tué comme un chien " un an après. De quoi Joseph K est-il coupable au juste? Est-il coupable du seul fait d'être né, s'il est vrai comme l'écrit Calderon De La Barca, que "le premier crime de l'homme est d'être né " (La vie est un songe )? Peinture tragique de l'absurde: sans que la réponse à cette question ne soit jamais donnée, la machine infernale du procès se met en place.

 

A propos du Procès, il m’est impossible de ne pas songer à la merveilleuse adaptation cinématographique réalisée en 1962 par Orson Welles. Oh ! Cette fuite éperdue de K. (Anthony Perkins) pour échapper à l’absurdité de la Loi ! Déréliction !

 

Etrangement, dans Le Procès, on assiste à une interversion des rôles entre les coupables et les innocents, les victimes et les bourreaux. Perversion de la Loi ! Enfin, comment faut-il comprendre la célèbre et curieuse parabole de la Loi ? S’agit-il d’une spéculation mystique, d’une réflexion politique, ou d’une invitation à la résistance?

 

4. La Métamorphose

 

« Lorsque Gregor Samsa s’éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en énorme cancrelat ». Ainsi s’ouvre le roman La Métamorphose, qui étonne le lecteur et le pousse à s’interroger sur le régime de l’œuvre : est-ce fantastique pur ou réalisme imaginaire ?

 

La métamorphose de Gregor Samsa est-elle celle d’un homme transformé en animal, ou celle d’un animal qui croyait être un homme ? Car après tout, loin de n’être qu’une aberration monstrueuse, cette métamorphose ne serait-elle pas aussi une protection contre le monde extérieur inhumain ? Car le monde civilisé n’est-il pas, précisément, monstrueux et inhumain ?

 

Enfin, pourquoi Gregor Samsa subit-il cette métamorphose en cancrelat répugnant ? Est-ce parce qu’il est victime de l’inhumanité des autres, ou est-ce parce qu’il est un être monstrueux hanté par ses pulsions ? 

 

Le mot de la fin

 

Merci aux Nouveaux Chemins de la Connaissance pour cette magnifique traversée en quatre étapes de l'oeuvre sombre de Kafka, en compagnie de la lumineuse Adèle Van Reeth. 

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À propos

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