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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

23 May

Palmyre, le bris des colonnes, le cri des hommes.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #POLITIQUE, #ART

Palmyre antique

Palmyre antique

Il faut lire le très bel article de Maurice Sartre, historien, professeur émérite d’histoire ancienne à l’université de Tours et directeur de Syria, revue d’archéologie, d’art et d’histoire, paru dans le journal Le Monde daté du 22 mai 2015.

 

« Le risque que Daech représente pour le patrimoine syrien dans son ensemble, et pour Palmyre en particulier, retient, aujourd’hui, seul notre attention. Car l’Etat islamique à Palmyre, c’est l’Etat islamique dans la cour du Louvre ; détruire Palmyre, c’est abattre Le Mont-Saint-Michel ou Notre-Dame de Paris. Palmyre, ce n’est pas seulement un site parmi d’autres dans le riche patrimoine syrien, c’est une ville exceptionnelle par ses ruines et son site – quiconque a eu la chance d’y aller en revient bouleversé –, c’est une histoire unique, dont il reste à découvrir beaucoup d’aspects essentiels. Car, à Palmyre, le visible, qu’il faut préserver à tout prix, ne doit pas faire oublier l’invisible, qui reste à découvrir, et qui n’est pas moins essentiel. »

 

Dans ce très beau texte, Maurice Sartre accepte de nous éclairer sur cette part de l’invisible attestée  par la majestueuse et délicate silhouette des colonnades gréco-romaines: la sédimentation des périodes de l’histoire depuis des millénaires, la rencontre et la coexistence entre les peuples, la cohabitation des dieux venus d’horizons très divers, et, en définitive, « une partie de notre mémoire, de notre histoire, qui est aussi celle du peuple syrien tout entier ».

 

Le monde entier s’émeut, à juste titre, devant la destruction programmée des trésors archéologiques de Palmyre par les fanatiques islamistes. Ce qui avait perduré depuis des millénaires, en dépit des aléas de l'histoire et de la corrosion naturelle de toutes choses, va être méthodiquement et impitoyablement détruit pour accumuler du butin et alimenter le trésor de guerre. Il faudrait, toutefois, veiller à ce que notre fascination « idolâtre » (jugée telle par les islamistes, et médiatiquement foulée aux pieds) pour les œuvres d’art ne nous aveugle pas non plus, et ne nous fasse pas oublier que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vont être massacrés et/ou réduits en esclavage ; car c’est là l’autre conséquence de la guerre, plus tragique encore. Or, n’ayant pas pu, pas su ou pas voulu empêcher cette guerre (le peuple syrien est massacré d’un côté par son dirigeant, de l’autre par les hordes islamistes), il est inévitable que nous ne puissions empêcher la destruction de ces œuvres d’art inscrites au patrimoine culturel de l’humanité. Comment, au passage, expliquer que des armées puissamment armées, équipées d'avions de combat, de satellites espions et de drones, n'aient pas été en mesure de stopper l'avancée de ces hordes de barbares sanguinaires, ennemis du genre humain et de la culture ? Impuissants, nous redécouvrons devant nos écrans ce que l’horreur de la guerre signifie.

 

A cet égard, je trouve très forte la formule de Maurice Sartre : « L’Etat islamique à Palmyre, c’est l’Etat islamique dans la cour du Louvre; détruire Palmyre, c’est abattre Le Mont-Saint-Michel ou Notre-Dame de Paris». Il est à craindre que, tôt ou tard, nous ne soyons confrontés à ce terrible dilemme : admettre que la guerre contre l’islamisme radical et fanatique a bel et bien commencé, qu’elle se rapproche de nous et que nous y sommes d’ores et déjà engagés ; ou bien, demeurer dans la position de spectateurs sincèrement bouleversés par les horreurs de la guerre à distance, en l’occurrence la destruction des temples et des statues, mais incapables de porter secours aux peuples opprimés et massacrés. Palmyre, entre le bris des colonnes et le cri des hommes.

 

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