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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

30 Aug

Barack Obama, président de l'impossible réconciliation.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #POLITIQUE, #ETHIQUE

Barack Obama (icône)

Barack Obama (icône)

 

1. Emeutes raciales.

Dans un article relayé par Philosophie Magazine intitulé  Ferguson: la résurgence du conflit racial du racisme aux USA, le journaliste Dick Howard s'efforce d'aider le lecteur à "comprendre l’évolution de la traînée de poudre qui vient d’être brutalement allumée avec la mort de Michael Brown dans la petite ville de Ferguson, dans le Missouri".

La démonstration, volontairement schématique (elle tient en 8 points), semble assez plausible dans l'ensemble de ses conclusions (du moins, vue depuis l'Europe). Toutefois, elle ne me semble pas rendre justice au président Barack Obama. Le journaliste  propose propose l'alternative suivante: Obama est ou bien "un naïf (car trop bercé par les institutions blanches de l’Ivy League et de Wall Street pour comprendre l’âpreté de l’opposition)",  ou bien "un banal mais charismatique homme politique qui est, comme les autres, acheté par les lobbies et incapable de transformer ses « préférences » (bonnes, qui nous inspirent) en « convictions » (pour lesquelles il est prêt à se battre et nous, à le soutenir)". 

 

2. Le racisme n'a jamais disparu aux USA.

Barack Obama n'a rien d'un naïf; il sait mieux que personne le poids de l'histoire dans la vie politique contemporaine des Etats-Unis. Il en témoigne dans son autobiographie Les rêves de mon père et en produit une analyse lucide dans son discours De la race en Amérique. La guerre de sécession s'est achevée en 1865 à Appomattox, mais son ombre pèse encore sur les Etats-Unis. Il évoque sans détours la colère et l'amertume accumulées depuis des décennies par les deux communautés (noire et blanche) et, plus généralement, "les aspects complexes du problème racial dans le pays que nous n'avons jamais vraiment résolu" (De la race en Amérique, 2008, p. 39). Barack Obama cite William Faulkner: "Le passé n'est pas mort et enterré. En fait, il n'est même pas passé".

Le langage de vérité ne paie pas en politique et ses effets peuvent être assez imprévisibles. Car il ne peut y avoir de pardon ni de réconciliation possible sans la reconnaissance préalable des torts et des crimes commis. Mais il ne peut y avoir non plus de reconnaissance sans une confrontation sincère et collective avec les démons de la colère, de la honte, de l'humiliation et de la culpabilité. Une large majorité de citoyens (progressistes et démocrates) a cru que le moment était enfin venu de construire un autre monde libéré des haines raciales. Mais une minorité influente de républicains réactionnaires a jugé utile de raviver les blessures pour mieux réaffirmer et préserver ses prérogatives de classe dominante. Comment, dans de telles circonstances, réconcilier des communautés qui se font face, et qui restent emmurées dans la rancoeur, la haine, la violence, la honte et l'injustice?

Dans son article, le journaliste admet tout de même que: "Les forces ségrégationnistes ne sont pas vaincues". Je crois en effet que tout le problème est là. Le racisme n'a jamais disparu aux USA.

 

3. Mission impossible pour Obama?

Pour ma part, je pense que Barack Obama a dès le départ endossé une rôle impossible. S'il s'était cantonné dans le rôle exclusif de l'apôtre de la communauté noire (à la façon d'un Martin Luther King), il aurait été rejeté par la communauté blanche et n'aurait probablement jamais été élu président; mais s'il n'avait pas assumé son héritage devant la communauté noire, il n'aurait pas été élu président non plus. La contradiction est flagrante. Il ne pouvait donc que lancer à des appels à la raison pour inciter la nation américaine à regarder son passé en face et à vaincre ses démons. Un homme à lui seul ne peut suffire à résoudre les problèmes d'une nation en crise, si la nation ne se met pas en mouvement derrière lui; mais sans lui, cette même nation n'aurait jamais imaginé que le moindre  progrès tangible fût envisageable: en l'occurrence, un président afro-américain à la tête de la Maison Blanche!

L'histoire se déroule selon des temporalités diverses, de courte, moyenne et longue durée: combien de temps faut-il pour qu'un pays ait le courage de regarder "les pages sombres" de son histoire (selon une expression convenue), surtout lorsqu'elles comportent des abominations telles qu'un génocide (celui des Amérindiens), l'esclavage (celui des Noirs), les guerres (celles d'hier et celles d'aujourd'hui)?

"Si j'ai choisi de me présenter à l'élection présidentielle à ce moment de notre histoire, c'est parce que je crois profondément que nous ne pourrons relever les défis de notre temps et parfaire notre union qu'en comprenant que, si nos parcours sont différents, nous avons les mêms espoirs; que si nous n'avons pas tous la même apparence et si nous ne venons pas tous du même endroit, nous voulons tous aller dans la même direction: aller vers un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits-enfants" (De la race en Amérique, Philadelphie, 18 mars 2008, p. 29).

 

4. "Nous, le peuple".

Ce texte est déjà regardé comme fondateur et déjà étudié dans les classes. Sa véracité se trouve hélas tragiquement confirmée par ces émeutes raciales que l'on croyait d'un autre temps. Pour autant, cette croyance en la capacité de la nation américaine à relever le défi du racisme reste ce qu'elle est: une croyance précisément. Ce texte a non seulement l'immense mérite d'énoncer, de verbaliser les souffrances passées et présentes, mais encore celui d'indiquer la voie à suivre pour construire l'avenir. 

Barack Obama n'a manifestement pas réussi à trouver les moyens nécessaires pour concrétiser cette espérance et la transposer dans la réalité sociale et politique. Non que la volonté lui fasse défaut: tout en lui - ses écrits, son attitude, ses faits et ses paroles- prouve qu'il s'efforce de vivre en accord avec ses convictions et de montrer à ses compatriotes la voie à suivre. Lui manque-t-il le charisme, l'expérience, la détermination opiniâtre et la ruse d'un Nelson Mandela? Ou est-ce parce qu'"une hirondelle ne fait pas le printemps", et qu'aucun processus, dans l'histoire, ne peut aboutir s'il n'est pas pris en charge collectivement, par l'ensemble de la nation?

"Nous le peuple, en vue de former une Union plus parfaite". Cette première phrase de discours De la race en Amérique est celle-là même qui ouvre la Déclaration d'Indépendance, proclamée à Philadelphie en 1787.

 

#Ferguson  #barackobama  @philomag

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