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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

16 Jul

Habiter le présent pour être heureux.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #ETHIQUE, #SAGESSE, #Bonheur

7-hours-in-one-shot (photo libre de droits)

7-hours-in-one-shot (photo libre de droits)

 

Chronos (en latin, il se présente sous les traits de Saturne) inlassablement dévore ses enfants. Nous, pauvres mortels, sommes pétris dans la pâte du temps. Paradoxalement, le temps nous défait (chaque jour nous rapproche de vieillesse et de la mort) en même temps qu'il nous fait (ce qui se nomme l’expérience, la maturité). Oui, c’est dans le temps que nous construisons du sens. Contre cela, les technologies n’y peuvent rien changer (par exemple, dans le domaine des transports ou celui des nouvelles technologies d’information et de communication). Certes, elles nous donnent les moyens de gagner toujours davantage en vitesse. Mais il est intéressant de remarquer que l’idéologie dominante s’évertue à nous les présenter non comme des moyens, mais comme des fins en soi. Voilà bien le piège que nous tend notre supersonique et frénétique modernité.

 

Contre cette dérive - qui est aussi oubli de soi -, il nous faut  accepter et assumer d’être résolument « inactuels » selon le mot de Nietzsche. Etre "inactuels", c'est d'abord nous déprendre de l'emprise que l'époque exerce sur les individus  -y compris à leur corps défendant-, tantôt sur le mode de la séduction tantôt sur celui de l'injonction. Ne nous répète-ton pas assez qu"il nous faut être "à la mode", "à la page", ou "dans le vent"? Mais outre l'exercice de notre jugement critique, il nous faut pratiquer une forme de détachement afin d'aller à la recherche du temps perdu en nous posant cette simple question: à quoi occupons-nous tout ce temps qui fait la trame de notre vie? Quelles sont, parmi toutes nos activités, celles qui nous aliènent et celles qui nous épanouissent? Si notre existence devait s'arrêter demain ou dans trois mois, quelles sont les personnes et les choses auxquelles, sur notre lit de mort par exemple, nous regretterions de n'avoir pas consacré davantage de temps? Chanter, écrire, jouer avec ses enfants, lire, penser, rire, prier, confectionner des pâtisseries ou participer à une action humanitaire... La liste n'est bien entendu pas exhaustive, et ne peut l'être en aucune façon, car il appartient à chacun d'entre nous de la remplir. C’est la seule façon de préserver à la fois notre liberté et notre humanité. Mais en sommes-nous capables?

 

Car cette perpétuelle course contre la montre et le temps qui s'enfuit n'est-elle pas, en réalité, un alibi dont il est facile d'user et d'abuser, une sorte de fuite en avant qui nous récrée et nous divertit (au sens pascalien de ce terme, à savoir ce qui nous détourne de l'essentiel: notre finitude, avec ou sans de Dieu)? Mais est-ce le temps qui s'enfuit ou est-ce nous qui fuyons tout le temps, et singulièrement le temps présent?

Dans le court extrait suivant, Pascal nous soumet à cette question.

"Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre lumière pour  disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin (NDLR: ici, fin signifie finalité, but) ; le passé  et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. " (Blaise Pascal, Pensées 172, éd. Brunschvicg). 

 

Quelques lignes plus haut, Pascal a cette formule décisive pour expliquer cette propension à fuir vers d'autres temps (le passé ou l'avenir): "C'est que le présent, d'ordinaire, nous blesse". Car le présent n'est jamais conforme à nos souhaits et à nos attentes. Le souvenir embellit les choses du passé, et l'avenir se pare aisément à nos yeux des charmes de tous les possibles. Or, le passé n'est plus et ne pouvons plus le modifier; quant à l'avenir, il n'est pas encore et nous ne sommes jamais certains de l'atteindre.

 

La conclusion de Pascal est nette, impeccable et implacable: " Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais."(Blaise Pascal, Pensées 172, éd. Brunschvicg).

Voilà qui donne à méditer, non?

 

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Frank 19/08/2014 18:46

Coïncidence ? j'écrivais ce même jour le 16 juillet sur facebook ce petit texte : Bonjour,
Le passé, c'est du présent passé, qui n'existe plus.
Le futur, c'est du présent qui n'est pas encore arrivé.
Le présent est furtif, tellement que l'on pourrait dire qu'il n'existe pas. Coincé entre le passé et le futur. Le présent à peine arrivé nous échappe à l'instant.
Alors ! L'espace temps n'existerait pas ? Pourtant nous pouvons concrètement infléchir notre monde en prenant le temps qu'il faut. Ou ce situent nos actions, dans le présent qui n'existe pas ?
Pouvez vous m'expliquer un peu ? Sommes nous dans une illusion ?
Je pense que le présent s'exprime par l'action, justement. Le présent n'existe pas sans le geste, sans la création. Quand rien ne ce passe , le temps ne s’arrête pas, il n'existe pas. L'espace temps est donc relatif. La physique quantique nous dirait que le temps existe dans la matière qui est énergie. Le temps est difficile à intégrer.

Daniel Guillon-Legeay 30/08/2014 14:50

Oui la coïncidence est vraiment troublante... Il y a loin entre les théories de la physique quantique et l'expérience que chacun d'entre nous a du monde. Faire un choux décisif qui nous engage, accomplir une action personnelle dont les effets ne sont pas toujours prévisibles, voilà ce qui donne consistance au présent et nous enracine dans l'espace, bref ce qui nous permet d'habiter le monde.
Cordialement

À propos

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