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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

09 Jul

La philosophie, méditation de la mort ou de la vie?

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #ETHIQUE, #SAGESSE

Epicure, Philosophe grec (-341-270 av JC)

Epicure, Philosophe grec (-341-270 av JC)

 

En réponse à l'article de M. Delassus, paru dans IPhilo (voir lien ci-dessous pour prendre connaissance de l'article).

 

J’aime beaucoup votre de manière de traiter la question. Vous avez parfaitement raison de rappeler la définition que Pascal donne du divertissement: "les hommes se livrent à corps perdu dans des activités diverses, parfois jusqu’à l’épuisement" pour "ne pas avoir à affronter le néant qui est au cœur de leur existence": la misère, la finitude, la mort. Ils en viennent, dans cette attitude de déni, à négliger ce qui est l'essentiel (qui est en Dieu).

De même, Epicure, qui est à l’opposé de Pascal, ne prône ni un ascétisme austère ni un hédonisme exacerbé. Il ne s'agit pas de nous désespérer au motif que nous devrons un jour (l'immortalité ne nous est pas permise). il ne se s'agit pas davantage de se divertir et de s'étourdir  dans les jouissances et les activités frénétiques. Il s'agit de "jouir loyalement de son être" comme dirait Montaigne (Essais).

Enfin, je suis d'accord avec le rapprochement que vous faites entre Epicure et Spinoza. l'un et l'autre, quoique par des démarches différentes, montrent que l'important est d'apprendre à vivre, et à vivre heureux.

En revanche, je ne partage pas exactement votre avis sur Epicure, lorsque vous écrivez: "Si nous ne pouvons penser à la mort, peut-être est-ce tout simplement parce que, comme nous l’enseigne Épicure, la mort n’est rien pour nous. Par conséquent, si la mort n’est rien, elle n’est tout simplement pas pensable parce que, tout simplement, de la mort il n’y a rien à penser.".

Car il me semble nécessaire de rappeler que penser la mort n’est pas la même chose que penser à la mort. Ces deux attitudes sont en effet bien différentes. Tandis que la première s'effectue sur le mode rationnel qui est celui de la philosophie et cherche à déterminer en quoi consiste l'être de la mort (son essence), la seconde  s'exerce sous la contrainte de l’affect irrationnel, de la passion triste (la crainte) et se demande comment échapper à une réalité qualifiée d'affreuse, de redoutable.

Epicure nous dit: « Prends l’habitude de penser que la mort n’est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation: or la mort est privation de toute sensibilité. » (Epicure, Lettre à Ménécée). La mort n’a rien d’effrayant, puisqu’elle un pur néant; elle est abolition de toute sensation (de plaisir comme de douleur), elle est destruction du corps et de l’âme. Donc la mort n’est pas à craindre.  Epicure ajoute encore que « la mort n’a donc aucun rapport avec nous puisque, précisément, tant que nous sommes , la mort n’est pas là, et une fois que la mort est là, nous ne sommes plus ». De ce fait, Epicure établit une disjonction très nette entre la vie et la mort, au grand scandale des religieux comme de nombreux athées (de ceux qui se montrent peu conséquents avec les principes qu'ils semblent pourtant admettre).

En effet, il ne s’agit pour Epicure de nier la réalité de la mort. Il s’agit seulement de dissoudre, d’atomiser, de pulvériser les représentations qui la rendent terrifiante et qui nous empêchent de connaître le bonheur en cette vie, ici et maintenant. Le quadruple remède d’Epicure (tetrapharmakos) suppose une conception matérialiste du réel. Dans la nature, il n’y a que les atomes qui se meuvent dans le vide et qui engendrent la vie. Il s’agit donc de dissoudre, d’atomiser les angoisses humaines face à la mort afin de créer les conditions d’une réflexion, d’une pensée de la mort.

Si, en effet, "la mort n'est rien pour nous", en revanche, cela ne signifie pas que "la mort n'est pas pensable", ni "que de la mort il n'y a rien à penser". Sans quoi la philosophie ne pourrait aller jusqu'au bout de son projet qui est de nous aider à penser le réel.

Or, Epicure nous enseigne qu'il y a quelque chose à savoir sur la mort. La mort consiste dans la désagrégation totale, définitive et irréversible des atomes qui composent l’unité de l’être vivant, qui animent son âme et son corps. Cette définition objective de la mort est conforme à ce que nous enseigne clairement l’expérience du cadavre : la cessation définitive et irréversible de toutes les fonctions vitales (activités respiratoire, circulatoire, encéphalique) les manifestations induites (rigidité, insensibilité puis décomposition du corps). Par voie de conséquence, il n’existe aucune possibilité de vie « post mortem ». Cette définition objective de la mort est conforme à la doctrine atomiste et matérialiste de la nature. La mort est ce néant dont provient le vivant (avant de naître) et auquel il retourne. Rien ne naît de rien, tout se transforme.

Ce savoir que la mort n'est rien est une bonne nouvelle pour tous les hommes capables de la penser. Elle libère les hommes de l'angoisse; elle les libère aussi du fanatisme religieux  et de la fausse piété (il n'y a pas d'au-delà, ni enfer ni paradis).

Il s’agit donc de penser la mort… pour ne plus avoir à y penser ensuite.

 

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