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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

18 Jun

L'appel du 18 juin 1940.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #POLITIQUE

L'appel du 18 juin 1940.
1. Seul contre tous.

Seul, il ose se dresser contre sa hiérarchie, contre tous les pouvoirs en place, contre la force des avions et des canons. Sans savoir encore à l’avantage de qui tournera le cours des événements, il voit venir la tragédie qui va ensanglanter le monde. Il risque tout: son grade, son honneur, sa liberté et sa vie. Pour échapper à la condamnation à mort par contumace que le régime de Vichy a fait prononcer contre lui, il quitte son pays. Et depuis le lieu de son exil, il lance cet appel à la fois héroïque et insensé du 18 juin 1940. Un appel à la résistance nationale contre ... le front national de la lâcheté et de la collaboration avec l'ennemi.

Ce faisant, il renoue - volontairement ou non -, et à son corps défendant, avec les grandes figures du passé, notamment celles de Diderot ou de Victor Hugo, de celles qui ne craignent ni l'emprisonnement ni l'exil ni la mort pour affronter l'autoritarisme et la dictature, et qui inlassablement se dressent pour refuser la servitude volontaire.

2. Le grand homme: sage, saint ou héros?

Qu’est-ce qui fait la grandeur du grand homme? Son charisme? Sa clairvoyance? Sa force d’âme? Son génie politique? Le jeu des circonstances historiques? Sa capacité à incarner dans le cours de l’Histoire le progrès de l’Esprit, parce qu’il voit avant tout le monde et mieux que tout le monde de quoi demain sera fait?

L’image du grand homme politique est obscure, car elle associe volontiers, et sur le mode de l’ambiguïté, les caractéristiques de figures tutélaires pourtant très différentes que sont celles du sage, du saint et du héros. Comme le sage, le grand homme politique paraît posséder la connaissance, la compréhension du cours des choses ainsi que la clairvoyance. Comme le saint, il semble subordonner le cours de son existence et le sens de son action à une exigence unique et fondatrice, à savoir la réalisation sur la terre, dans le monde profane, d’un idéal élevé et sacré (par exemple, le salut de l’humanité). Enfin, comme le héros, il semble accepter de braver la peur de la mort pour s’engager dans l’action efficace, jusqu’à payer le prix de la postérité en faisant don de sa personne. Pourtant, à la différence du sage, le grand homme politique privilégie l’action par rapport à la méditation. A la différence du saint, le grand homme politique préfère sa destinée personnelle au salut de l’humanité (même s’il feint le contraire). A la différence du héros, le grand homme politique calcule le risque, suppute ses parts de chance et détermine ses choix et ses convictions en fonction des probabilités de réussite ou d’échec.

Cette ambiguïté fondamentale n’est sans doute pas près d’être levée, non seulement parce que sa source est obscure, mais encore parce tout le monde a intérêt à entretenir une telle obscurité, pour nourrir le culte de l'homme providentiel et forger la mythologie nationale.

En tout état de cause, l’homme qui prend le micro, en ce 18 juin 1940, n’est sans doute pas un sage (il ne prône aucune doctrine), ni un saint (il ne promet aucune forme de salut); mais un héros, oui, certainement. Son message est clair: la France a perdu une bataille, mais non pas la guerre. Or, quel courage il fallait pour oser l’espérance dans des heures si dramatiques! « Mais le dernier mot est-il dit? L'espérance doit-elle disparaître? La défaite est-elle définitive ? Non ! ».

3. Sous les cendres de la mémoire, la conscience d'aujourd'hui.

A plus de soixante-dix ans de distance, la presse contnue de relayer cet appel. Et quelques hommes politiques s'efforcent d'en perpétuer l'écho. Car on ne saurait faire abstraction du passé à la condition précisément qu'il soit traité comme une chose passée. C'est précisément là que se pose avec le plus d'acuité le problème de l'hommage et de la commémoration, tout particulièrement pour un homme politique en activité. Comment prendre en charge le passé sans justement le regarder comme du passé (à savoir une réalité advenue et révolue)? Inversement, pourquoi prendre en charge le passé, s'il n'est pas traité comme une réalité demeurée vivante et susceptible d'éclairer le présent? Et comment prendre en charge le passé sans s'interroger sur le sens de l'action politique engagée?

Or, justement, partout en Europe, le fascisme monte et gagne en puissance. Pourtant, partout en Europe, la démocratie est en crise. Les résultats désastreux aux dernières élections européennes semblent déjà oubliés alors que, d’une certaine façon, ils ont refusé à l’institution la légitimation qu’elle en attendait. Certes formellement, les élections sont valides, mais le grand vainqueur est le parti de l’abstention. Comment mieux décrire le vide politique ? Et pourtant, aucun homme politique n’a proposé ni même évoqué des décisions de nature à affronter ce «séisme» dont on prétendait pourtant vouloir prendre acte. Du moins, à chaud et devant les caméras…

En ce 18 juin 2014, le monde entier a les yeux rivés sur la coupe du monde de football. Et dans notre pays, il est manifeste que l’heure n’est pas à la commémoration de l’histoire ni à la conscience du présent, mais au culte religieux du ballon rond. Les nations d’Europe réussiront-elles sur la pelouse ce qu’elles échouent à réaliser dans les urnes?

Il est, bien sûr, permis d'en douter.

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Philippe Le Corroller 18/06/2016 19:14

Bravo cher Daniel , pour votre analyse de la personnalité de Charles De Gaulle . Permettez-moi d'y ajouter une interrogation : De Gaulle n'était-il pas avant tout un anti-conformiste ? Lorsqu'il écrit Vers l'armée de métier , qui va totalement bousculer sa hiérarchie et le pouvoir politique , il montre la lucidité de l'homme qui ose penser par lui-même et n'hésite pas à affronter le politiquement correct de son milieu et de son époque . La rigueur intellectuelle et le courage : le meilleur de ce que la culture française peut produire , en somme . Alors , on peut comprendre le mot fameux de je ne sais plus qui : " Tout le monde a été , est ou sera gaulliste " .

Daniel Guillon-Legeay 19/06/2016 18:55

Merci pour votre appréciation élogieuse. De Gaulle anti-conformiste? Oui, peut-être... Encore que ce terme me paraît faible dans le cas qui nous occupe. L'anti-conformisme consiste à s'opposer aux normes et à l'idéologie acceptées par le plus grand nombre dans une société à une époque donnée. De ce point de vue, Serge Gainsbourg, Boris Vian, Jack Kerouac, Simone de Beauvoir, et tant d'autres encore... car ce sont des noms d'artistes et d'intellectuels qui me viennent spontanément à l'esprit - ont été anti-conformistes par leur refus de se plier aux normes sociales et morales qui prévalaient en leur temps. En revanche, il me semble que De Gaulle a été davantage une figure historique, car son action visait plutôt à influer sur le sort d'une nation tout entière. Il ne s'agissait pas seulement d'avoir des idées différentes sur la manière de vivre, mais encore - et il me semble que c'est toute autre chose - d'influer sur le cours de l'Histoire, dans le domaine militaire, puis politique, en se mettant au service de l'Etat et de la Nation. Mais peut-être n'ai-je pas répondu à votre question? Cordialement. Daniel Guillon-Legeay

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