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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

01 Apr

La crise de la démocratie (2/2).

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #POLITIQUE

Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple (1831), Musée du Louvre.

Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple (1831), Musée du Louvre.

3. Démocratie ou médiocratie ? 

 

Je reste un fervent partisan de la démocratie, même quand elle montre des signes de faiblesse. Elle est et doit rester pour toutes et pour tous un objet de désir, à l’image de cette allégorie de Delacroix qui représente la liberté sous les traits d’une femme aux seins nus. En dépit de toutes ses imperfections, la démocratie demeure l’une des plus belles inventions humaines. Je ne pense pas que la démocratie soit devenue, comme l’affirment certains, un pur simulacre, une réalité purement formelle. Je refuse de céder à une forme de dépit amoureux au motif que la démocratie ne serait pas conforme à l’image que je m’en suis faite.

 

En revanche, je ne puis me résoudre à voir la démocratie sombrer dans la médiocratie : la médiocrité des élites, la médiocrité des institutions, la médiocrité des citoyens.

 

Les élites, fortes de leur science politique et de leurs réseaux d’influence, s’imaginent savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour le peuple. Mais le savent-elles seulement? Là est la question! Mais existe-t-il seulement une science du politique? Je n’en crois rien. Certes, les grandes écoles et instituts supérieurs enseignent les théories politiques, les mécanismes de l’économie, celui des institutions politiques, toutes les choses qu’il faut connaître lorsque l’on se préoccupe de servir l’Etat. Néanmoins,  pour qu’il puisse exister une science du politique, il faudrait qu’il y eût d’abord une science de l’Histoire, capable de comprendre le passé, d’éclairer le présent et de prévoir l’avenir. Or, il n’y a pas de science de l’histoire. L’histoire ne connaît que des événements uniques, singuliers, non réitérables, et donc non superposables sur les événements du présent. « Il n’y a de science que de l’universel » nous disait Aristote. Or la politique est confrontée à la contingence et à la singularité des situations historiques. Si les hommes politiques détenaient vraiment un savoir, il n’y aurait plus de politique! Car la politique relève de l’art plus que de la science, de la conjecture plus que de la certitude. Je pense notamment à l’art de s’adapter à la conjoncture économique, à l’évolution des rapports de force, aux évolutions de la société… Donc, en dépit de ce qu’ils prétendent, les hommes politiques ne possèdent pas la science politique. Ils ne savent pas justement quelle politique il conviendrait de mener pour résorber le chômage, pour réduire les déficits publics sans étrangler les contribuables, pour fédérer les énergies afin de penser puis de bâtir un autre monde possible. Ils ne savent pas au sens ou la science permet de calculer et de prévoir, d’un savoir indiscutable et efficace.

 

Et quand bien même il y aurait une science du politique (ce dont je doute assurément), il faudrait encore qu’elle fût appliquée avec suffisamment de force, de détermination, de courage pour imposer la loi de l’intérêt général et prendre le contrôle des puissances de l’économie. S’il n’y a donc ni science du politique ni puissance effective du politique, que reste-t-il de la prétention des gouvernants à conduire la destinée collective des citoyens desquels ils ont reçu mandat? Que reste-t-il de la souveraineté du peuple français?

 

4. Vers un sursaut collectif ? 

 

En démocratie, une voix est égale à une voix. Les détracteurs de la démocratie y voient un signe de faiblesse, une sorte de maladie congénitale: le règne de l’opinion (Platon, dans sa République notamment, en fait la démonstration très convaincante; j’y reviendrai). Inversement, s’il n’y a pas, comme je le soutiens, de véritable science politique, alors les citoyens ont précisément le droit de se mêler de la politique, de s’emparer de cette chose publique (la res publica) qui leur appartient. C’est précisément cela la démocratie! Elle est fondée sur le débat, la contradiction des opinions et, plus que tout, sur la notion de bien commun. Elle est l'affaire de tous les citoyens!

 

Or, je crois que c’est précisément de cela que notre démocratie est malade: de la négligence et du manque de combativité des citoyens. Un homme politique, qui fut en son temps un homme d’Etat, a lancé l’idée de créer un comité de salut public. La proposition peut sembler excessive (la France ne se trouve manifestement pas dans la situation qui était la sienne en 1789). Mais inversement, cette idée a le mérite de ramener la démocratie à son centre : l’exercice du pouvoir par les citoyens et pour les citoyens, tant il est vrai que seul un sursaut collectif vigoureux peut apporter à la démocratie un souffle nouveau.

 

De sorte que les règles du jeu démocratique sont à revoir. Si la démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple et pour le peuple, il appartient au peuple de déterminer les conditions d’exercice de sa souveraineté: il faut revoir la constitution, réformer le code électoral (par exemple, rendre le vote obligatoire durant des jours ouvrés, prévoir des sanctions; bref, redéfinir les règles) ... Le temps de la seule consultation par les urnes est révolu; celui de la délibération collective et de l’action civique est venu. C’est pourquoi, en lieu et place des programmes clientélistes et démagogiques, on pourrait imaginer partir de cahiers de doléances: à charge ensuite pour les élus de les mettre à exécution. Tel serait le sens de leur mandat. D’une crise économique doublée d’une crise morale, il peut résulter quelque chose de positif : un sursaut collectif.

 

La rénovation de la démocratie et la refondation de la République, c'est maintenant!

 

La démocratie ne survit qu’à la condition de se réinventer sans cesse. Et cette démarche doit se concevoir collectivement. Aucun homme, ni peut-être même aucun parti ne détient à lui seul les clés des réformes qu'il faut engager. Pour paraphraser le grand Georges Clémenceau, j'ajouterai que la démocratie est décidément une affaire trop sérieuse pour qu’on l’abandonne aux hommes politiques !

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Canelle 01/04/2014 18:58

Merci pour cet article éclairant et profond. Oui les faits sont têtus et peut-être les hommes encore plus qui ne cessent de s'aveugler..car la tentation du pouvoir brille de mille feux et fait parfois oublier tout le reste..

À propos

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