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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

03 Feb

Le temps de l'amitié.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #ETHIQUE

La route des épices, entre la vieille Europe et le Nouveau Monde. Carte ancienne réalisée en trois dimensions ... et en chocolat!

La route des épices, entre la vieille Europe et le Nouveau Monde. Carte ancienne réalisée en trois dimensions ... et en chocolat!

 

Il y a quelques jours de cela, je franchissais le seuil de ma maison, cherchant à tâtons le bouton magique qui fait surgir la fée électricité, lorsqu’une surprise de taille m’a littéralement assommé. Car sitôt que la lumière est apparue, un tonnerre de rires et d’applaudissements s’est mis à crépiter autour de moi. La clameur fut si puissante qu’elle en fit trembler meubles, lustres, miroirs, murs et plafonds partout autour de moi et, comme par enchantement, transforma mon humble demeure en un somptueux palais. Puis, telle un félin, la clameur surgie de toutes ces poitrines se ramassa sur le bord d’une fenêtre et, en un bond prodigieux, s’échappa dans la nuit, se répandit alentour dans les rues du quartier, puis s’éleva dans les airs, fusant à travers les nuages pour s’en venir troubler la morne quiétude des étoiles endormies.

 

A mes côtés, ma chère et tendre épouse, ainsi que mes deux adorables filles me tenaient la main, fières du résultat de leur aimable conspiration et du secret préservé intact des mois durant; fières et heureuses également de trouver, dans le sourire des personnes assemblées, le prolongement de leur amour pour moi. Quant à moi, je me sentais débordant de joie et de gratitude. Des quatre coins de l’horizon, les bras chargés de somptueux cadeaux, ils étaient accourus pour célébrer mon entrée dans l’âge canonique d’un demi-siècle révolu. Et ceux et celles qui n’avaient pu se joindre à moi en chair et en os n’avaient pas manqué de me faire savoir qu’ils (ou elles) m’accompagnaient en pensée. Comme toujours en pareil cas, le film des années défile à toute vitesse: ces liens noués au fil des années, certains très anciens, d'autres plus récents, qui ont fini par se sédimenter au fond de moi comme autant de strates géologiques, de manière si nette que je peux y lire ma propre histoire, et qui ont fini par se cristalliser pour devenir une partie de moi-même.

 

La fête qui s’ensuivit fut douce et enjouée, chaleureuse et délicieuse. Inoubliable.

 

« L’amitié mène sa ronde autour du monde » nous dit Epicure. A l’ordinaire, chacun et chacune d’entre nous vaque à ses occupations, s’efforce d’affronter les soucis, de surmonter les épreuves, d’avancer au milieu des joies et des chagrins, selon le lot qui lui échoit. Et, malgré tout, tout absorbés par nos tâches quotidiennes, notre esprit reste en éveil, et notre cœur en quête de signes : un objet, une mélodie, une parole suffit à faire réapparaître, le visage, la voix, la silhouette, le conseil d’un ami. En un fugitif éclair, ce tout petit rien suffit à placer notre cœur dans un étau de joie et de tristesse : de joie, à l’idée qu’un tel ami existe sur terre et qu’il nous aime ; de chagrin aussi, à l’idée que sa présence nous fait défaut, et que nous aurons inévitablement à le perdre un jour. Je ne sais si l’amitié suffit à donner un sens à l’existence. D’ailleurs, l’existence a-t-elle vraiment un sens ? Et vivons-nous vraiment rien que dans le but d’être aimés? Je ne le crois pas. Mais ce que je sais en revanche, c’est que l’amitié confère à notre existence chaleur et lumière, force et beauté.

 

Paradoxalement, à mes heures de doute et de mélancolie, il arrive qu’une telle certitude me cause du tourment. D’abord, parce que l’amitié nous engage au delà de nous-mêmes ; elle contient une bonne part de ce que nous devons aux autres. Or que je me sens parfois bien négligent au regard des devoirs de l’amitié: j’oublie de retenir les dates d’anniversaires, de m’enquérir régulièrement des nouvelles, et de mille et unes attentions qui, précisément, entretiennent l’amitié. Et, davantage encore, il m’arrive de douter de moi-même et de ne pas comprendre les raisons qui poussent mes amis et mes amies à me considérer précisément comme leur ami. Si souvent devant la glace, cet être que je regarde me semble si ordinaire, si prévisible, si insignifiant. « Qu’est-ce que le moi ? » se demande le philosophe Pascal. Sommes-nous certains de connaître ce que c’est que ce « moi », et que nous chérissons avec tant de soin parce qu’il fait de chacun de nous des êtres singuliers et uniques? Aussi, se pourrait-il qu’il y ait en moi des qualités et des trésors que les autres devinent, reconnaissent et apprécient, mais que je serais le seul à ne pas saisir? C’est peut-être sur ce point que la raison achoppe, incapable à comprendre ce que sent le cœur. Je cite encore Pascal: « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.».

 

Peut-être la sagesse devrait-elle me conduire à me fier davantage au jugement et à l’affection des mes amis et de mes amies, plutôt qu’au regard que je porte sur moi. En tout cas, leur amitié m’honore et m’est très chère. Car ce qui est certain, c’est que c’est un grand malheur que de ne pas avoir d’amis. Oui, assurément, l’amitié est un bien précieux. Et puis, il y a tant de choses que j’ignore et qui m’échapperont toujours, y compris le mystère de cette étrange alchimie qui engendre l’amitié. Je voudrais conclure avec une blague de Woody Allen que j’aime tout particulièrement (la blague bien sûr, et l’auteur par-dessus tout), celle que raconte le narrateur à la fin du film Annie Hall.

Un homme va consulter un psychiatre et lui dit :

- Docteur, mon frère est devenu complètement fou. Il se prend pour un poulet.

- En effet, le cas me semble grave. Alors, pourquoi ne pas le faire enfermer dans un asile?

- J’aimerais bien, mais ce n’est pas possible, parce que j’ai besoin des œufs.

Le narrateur nous éclaire sur la morale de l’histoire:

« Voilà, c’est un peu comme cela que je vois les rapports humains. Vous savez, ils sont totalement irrationnels, fous et absurdes … Mais, je crois qu'on continue parce que la plupart d'entre nous ont besoin des œufs… ».

 

Merci à toutes et à tous. merci beaucoup. Merci pour tout.

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canelle 06/02/2014 21:29

j'ai adore le chocolat et la soiree d anniversaire . on a partage le chocolat et l amitie ce qui nous a tous rechauffes en cette soiree de janvier. douceur et chaleur...la vie ...

Daniel Guillon-Legeay 08/02/2014 10:48

Chère Canelle,

Je suis ravi que tu aies apprécié cette soirée. Je te réinviterai.... pour mes soixante ans! C’est promis.

Certes, j’ai conscience que pour honorer un tel engagement, il faudrait d'abord que Dieu consente à me prêter une décennie de plus à vivre.
Ensuite, il faudrait qu’il plût à Dieu de se pencher sur mon humble personne et qu’Il me juge digne de bénéficier de ses grâces.
Enfin, il faudrait être certain que Dieu existe. Or, sur ce point, j'ai certains doutes, voire des doutes certains.

Mais, si toutes ces conditions se trouvent favorablement réunies, alors je promets de te réinviter. En revanche, en revanche, si de telles conditions ne pouvaient être réunies, quelle option nous resterait-il?

Diantre, la question est ardue! Si je dois mourir dans six mois, ou si le Diable m’a déjà réservé une place de choix en enfer, ou encore si Dieu n’existe pas, que reste-t-il de nos amours ?
Pour ma part, je proposerai…l'amitié au présent. Oui, c’est cela : l’amitié, ici et maintenant. Oui, à bien y réfléchir, cela me plaît bien parce que ça - l’amitié ici et maintenant - c'est du concret, c’est du solide! Et là-dessus, je n'ai point de doute. Tu es mon amie, et sans doute l'une des plus précieuses que la vie m'ait permis de rencontrer.

Il y a aussi ce poème d’Aragon , magnifiquement interprété par Jean Ferrat, qui me trotte dans la tête tandis que je pense à toi: « Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre ? Que serais-je sans toi, qu’un cœur au bois dormant, que cette heure arrêtée au cadran de ma montre ? Que serais-je sans toi que ce balbutiement ? » .

Et puis, il y a encore un autre point absolument indiscutable sur lequel nous nous accordons toi et moi: le chocolat, ce soir là, était vraiment exquis!

À propos

Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.