" />
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

06 Jan

Le goût du loisir (leçon de zen).

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #SAGESSE

Le goût du loisir (leçon de zen).
L'être dénué d'attention

Regarde sans voir,

Ecoute sans entendre,

Mange sans savourer.

L'esprit se doit d'aiguiser les sens

Pour que l'étourdi puisse se concentrer.

Poème chinois extrait de Kwong Kuen Shan, Le chat philosophe, éditions L'Archipel, 2008. Kwong Kuen Shan est une peintre et écrivain chinoise.

Joli recueil plein d'humour dans lequel le chat se fait philosophe. L'ouvrage contient des textes courts, empruntés aux grands sages de la tradition chinoise et accompagnés d'aquarelles d'une grande délicatesse. Les textes et les aquarelles se répondent en écho, proposant une subtile circulation entre le plaisir de la pensée (symbolisée par le philosophe) et celui de la perception sensorielle (symbolisée par le chat).

Le titre "Le goût du loisir" nous fournit une indication précieuse sur le sens du texte. Premier paradoxe: le loisir n'est pas cette activité à laquelle nous nous consacrons à la façon d'un jeu ou d'un divertissement, pour nous détourner du monde réel, le monde du sérieux, du travail et des affaires, dans une attitude dans laquelle se confondraient abandon de soi, insouciance, négligence et étourderie. Bien au contraire, le loisir désigne l'attitude d'esprit qui nous conduit à prêter attention aux choses de la vie et, par conséquent, qui nous ramène au monde afin de mieux l'habiter. Il s'agit d'apprendre à se détacher volontairement des soucis, du sérieux pour prendre du recul et retrouver la saveur des choses.

Le second paradoxe consiste en cela que ce travail de "concentration de l'esprit" est nécessaire pour "aiguiser les sens". Dans la vie quotidienne, nous sommes tentés d'aborder le monde en fonction de nos besoins, de nos intérêts. Cette attitude n'est certes pas méprisable; elle est même nécessaire, et gage de l'action efficace. Mais ce faisant, nous anticipons toujours sur les choses. Se concentrer sur les choses, c'est aller à leur rencontre, se laisser surprendre par elles. Se concentrer intensément sur les choses quotidiennes, ordinaires (un simple repas) ou merveilleuses (des cerisiers en fleurs, un soleil couchant) permet de coïncider avec elles et, du même coup, avec soi-même. Les sensations, le corps, les émotions retrouvent alors toute leur place. Pratiquer régulièrement des exercices physiques et spirituels, simples en apparence (respirer, manger, regarder, écouter, sourire...) mais exigeants en réalité, dans le but de se libérer de tout ce qui nous encombre, nous écrase (les soucis, le sérieux, les affaires...) et de se sentir enfin en paix avec soi-même et avec le monde.

C'est cela l'esprit du zen: l'art d'apprendre à vivre ici et maintenant, l'esprit uni au corps.

Petit livre à se procurer sans tarder et à conserver sur sa table de chevet.

Commenter cet article

À propos

Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.