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Mine de rien, ce blog se propose de développer une approche philosophique sur diverses questions, en prenant appui sur la philosophie bien entendu, mais aussi sur le cinéma, la littérature, les chansons, les arts martiaux, la politique, la morale... Parce que la philosophie s'intéresse à tout ce qui fait de nous des êtres humains, elle ne s'interdit aucune porte d'entrée.

29 Dec

Gravity mon amour.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - Catégories :  #CINEMA, #ART, #ETHIQUE

Gravity d'Alfonso Cuaron

Gravity d'Alfonso Cuaron

 

Je ne crains pas d’affirmer que le film d’Alfonso Cuaron fait déjà partie de ces chefs-d’oeuvre qui auront bouleversé ma vie, tant par sa beauté formelle éblouissante que par son contenu qui est d’une incroyable richesse. Pur chef-doeuvre assurément, si par chef-d’œuvre on entend une œuvre qui touche à la perfection, ou, à tout le moins, qui témoigne d’une parfaite réussite. Ce n’est donc pas sans raison que je choisis le film d’Alfonso Cuaron pour initier ce blog.

 

1. Perfection.

 

L’histoire que narre le film est désormais connue de la moitié des habitants de cette planète - enfin presque !... Elle peut se résumer aisément : « Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Le silence assourdissant autour d'eux leur indique qu'ils ont perdu tout contact avec la Terre - et la moindre chance d'être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d'autant plus qu'à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d'oxygène qu'il leur reste. Mais c'est peut-être en s'enfonçant plus loin encore dans l'immensité terrifiante de l'espace qu'ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre... » (Synopsis AlloCiné).

 

Perfection formelle : jamais encore il ne nous avait été donné de vivre avec tant de force et de réalisme la sensation de flotter dans l’espace en état d’apesanteur. A cette beauté visuelle stupéfiante, s’ajoute la prestation inoubliable de Sandra Bullock dans le rôle du docteur Ryan Stone, scientifique de haut niveau et naufragée de l’espace. Et, dans une moindre mesure, la prestation de George Clooney, dans le rôle de Matt Kowalsky, commandant de bord de la navette spatiale.

 

Richesse narrative également: dans ce film, point d’intrigue complexe pour tenir le spectateur en haleine. L’histoire est si simple qu’elle est presque une non-histoire, si l’on admet qu’une expédition dans l'espace puisse être banale. Pourtant, point de trahison, point d’ennemi à combattre sur fond de guerre froide. Point non plus de complexité technologique excessive, de celles que le cinéma affectionne de mettre en scène. C’est précisément cet aspect du film qui me touche le plus : on y voit des hommes - et surtout une femme - perdus dans l’espace, avec leur force, leur courage et leur fragilité.

 

2. Vivre à en mourir.

 

Gravity : le titre du film est on ne peut mieux choisi: l’apesanteur n’est pas nécessairement synonyme de légèreté, ni la pesanteur nécessairement négative. La gravité est autant une loi de la nature qu’une attitude morale par rapport aux choses de la vie ; qu’ils aient à évoluer en état d’apesanteur (la vie dans l’espace) ou, au contraire, qu’ils restent soumis à la gravitation universelle (la vie sur Terre), les êtres humains n’échappent guère à leur destinée : naître, respirer, se reproduire, aimer et souffrir, partager avec leurs semblables, vieillir puis mourir.

 

« Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux; il faut d'abord répondre.». (Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, 1942). C’est précisément l’une des questions centrales posées par Gravity, le film d’Alfonso Cuaron, et à laquelle il apporte une possible réponse. A l'instant critique de décider qui doit vivre et qui doit mourir, l'un des personnages tranche et se sacrifie. Sur le plan scénaristique, il est assez rare que l'un des protagonistes disparaisse quasiment au milieu du film.

 

Sur le plan éthique, il est intéressant que le suicide soit transmué en sacrifice. Paradoxalement c'est, des deux personnages, celui qui était "si bien dans sa peau", le plus "en phase" avec la vie qui prend la décision de se retirer, de renoncer ainsi à tout ce qu'il aurait pu vivre encore. La décision n'est bien sûr pas prise à la légère, mais avec élégance, avec dignité, avec gravité. C'est parce qu'il croit en la vie qu'il décide de la quitter. C'est aussi parce qu'il croit en l'autre qu'il lui confie la tâche de continuer à vivre, pour son bien et pour celui de l'humanité tout entière.

 

*** Cette dernière remarque a son importance: elle permet d'établir un lien avec un autre film, une référence assumée d’Alfonso Cuaron: Point Limite Zéro (Vanishing point, USA,1971) de Richard C. Sarafian. Ce magnifique road movie s'inscrit dans l'exacte continuité de Easy Rider de Denis Hopper (1969) et présente avec lui bien des similtudes. Son histoire pourrait se résumer ainsi: un ancien pilote de rallye, qui fut aussi un policier, fait le pari de convoyer une prestigieuse voiture, (une Dodge Challenger blanche), et de parcourir le trajet entre Denver et San Francisco en quinze heures. Il s'engage alors dans une course-poursuite effrénée avec la police des états qu'il traverse. Pour déjouer les barrages et les pièges que lui tendent les forces de police, le pilote est aidé par des marginaux et tout particulièrement par un animateur radio noir et aveugle, Super Soul. Au terme de sa course, notre héros devra faire le choix: se soumettre ou mourir. Il s'agit d'un road movie, qui s'inscrit dans l'exacte continuité de Easy Rider de Denis Hopper.

 

Tout le monde a gardé en mémoire les fabuleuses scènes de motards, et le fim de Denis Hooper est devenu le fim culte la contre-culture hippie. Mais à peu près tout le monde sans doute a oublié et le film et le réalisateur de Point limite zéro. Il n'en demeure pas moins que que Sarafian présente le héros comme "le dernier esprit libre américain face aux forces de police brutales et vengeresses" (1). Pour ma part, je n'oublierai jamais le choc qu'il avait provoqué en moi. Car derrière le road movie, "il s'agit d'un film existentiel, d'une réflexion sur le parcours d'un homme et sur le moment de sa décision qui le conduira au suicide" (2). Le titre original - Vanishing point - est juste dans l'esprit. "C'est un instant flou, un point indéterminé, celui où tout bascule".

Ce n'est donc pas un hasard si, comme dans le film Gravity d’Alfonso Cuaron, le héros du film Point limite zéro de Gérard Sarafian - se nomme justement Kowalski...

 

 

1 & 2: Point limite zéro, Gérard C. Sarafian (USA, 1971): voir l'excellent article consacré au film dans l'encyclopédie libre  en ligne Wikipédia. On y trouve également mentionné un extrait d'ne chanson du groupe de hard rock Guns N' Roses. Dans la chanson Breakdown issue de l'album Use Your Illusion II, Axl Rose termine en citant un texte de Super Soul, extrait du film:

  • Texte original: "There goes the Challenger being chased by the blue-blue meanies on wheels, the vicious traffic squad cars are after our lone driver, the last American hero, the-the electric centaur, the demi-god, the super driver of the golden West ! Two nasty nazi cars are close behind the beautiful lone driver, the police cars are getting closer-closer, closer to our soul hero in his soul mobile. Yeah baby, they're about to strike, they're gonna get him, smash, rape the last beautiful free soul on this planet... But, it is written - if the evil spirit arms the tiger with claws, Brahman provided wings for the dove. There speaks the super Guru. Did you hear that?"
  • Traduction proposée: "Ainsi va la Challenger poursuivie par les garnements bleus sur roues, les voitures de la vicieuse escouade de la circulation sont après notre conducteur solitaire, le dernier héro américain, le centaure électrique, le demi-dieu, le super conducteur de l'ouest doré ! Deux vilaines voitures nazies sont juste derrière le beau conducteur solitaire, les voitures de police sont de plus en plus proches de notre âme-héro dans sa voiture-âme. Oui bébé, ils sont sur le point de frapper, ils vont l'attraper, l'écraser, violer la dernière belle âme libre de cette planète... Mais, il est écrit que si l'esprit du mal a armé le tigre avec des griffes, Brahman a pourvu des ailes à la colombe. Ainsi parla le super gourou. As-tu entendu ?)".

 

*** Ajout du samedi 27 décembre 2014

 

 

 

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Philippine 03/01/2014 17:58

Juste pour rire : http://www.youtube.com/watch?v=aiBt44rrslw

Daniel Guillon-Legeay 03/01/2014 18:06

Chère Philippine,

Drôle, assurément très drôle cette vidéo!... Mais en même temps, après l'avoir visionnée vingt fois pour être certain d'en avoir sondé le fond, il me vient un doute affreux: est-il raisonnable de remettre en question, de manière aussi frontale et radicale, la société de consommation, à l'heure où tous les gouvernants misent sur la relance de la consommation des ménages pour endiguer la crise économique mondiale? Plus grave encore: cette critique n'est-elle pas sacrilège? Car il me semble qu'elle vise à saper les fondements de la double mission que s'est assignée le célèbre fabricant suédois. Mission de service public d'abord: aider les pauvres à se loger convenablement, en leur offrant, pour des prix modiques, des meubles en kit qui se montent quasiment tout seuls. Mission théologique ensuite: le catalogue offert par ledit fabricant est lu partout dans le monde, en tête devant la Bible et le Coran? Assurer le salut des âmes, n’est-ce pas là une noble et louable entreprise?

Je suis comme un arbre qui doute: athée ou croyant, aggloméré ou massif ? Telle est la question.

Daniel

À propos

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